Amenra - Regarde les hommes tomber - Le Divan du Monde - Paris - 01/10/2015 - Compte-rendu de concert - Concert review

AU COEUR DES TENEBRES
Amenra joue au Divan du Monde. Epoustouflant


"Le Clocheteur des trépassés
Sonnant de rue en rue,
De frayeur rend leurs cœurs glacés
Bien que leur corps en sue;
Et mille chiens, oyant sa triste voix
Lui répondent à longs abois."

Saint-Amand, La Nuit




Le concert de ce soir affiche complet.
Quand je rentre dans la salle, le groupe en première partie a commencé à jouer.

Regarde les hommes tomber
Ce groupe français joue dans le registre black/postcore/sludge. Le nom du groupe résume la situation : les hommes, en quête perpétuelle d'absolu, cherchent à dominer leur environnement et les autres hommes. La Nature (ou ce que vous appelez Dieu) les rappelle à leur mortelle et insignifiante condition. C'est en tout cas ce que m'évoque la musique du groupe. Les compositions sont compactes. L'enchaînement sans temps mort des morceaux renforce la sensation d'épaisseur. Le son du groupe est constitué d'éléments bien imbriqués. Riffs mélancoliques, batterie déchaînée, vocaux oppressants. Certains passages se font volontairement plus chaotiques mais je retiens surtout les remarquables montées en puissance. Le public suit avec grand respect la prestation du groupe. De nombreuses personnes sont à l'évidence venues vérifier de visu la réputation grandissante de cette jeune formation.




Setlist :
  1. L'Exil
  2. A Sheep Among The Wolves
  3. Wanderer Of Eternity
  4. Ov Flames, Flesh And Sins
  5. Embrace The Flames
  6. The Fall
  7. Thou Shall Lie Down
  8. The Incandescent March

Entre les deux concerts, je regarde la mise en place du set d'Amenra. Le guitariste Mathieu Vandekerckhove, très concentré, teste son matériel et fixe les détails, faisant notamment déplacer un câble électrique qui passait devant l'écran de fond de scène. Merci pour cette délicate attention.

Amenra
D'entrée de jeu Amenra nous plonge dans l'ambiance d'un rituel funéraire. Le chanteur se place face au batteur et frappe deux barres de métal entre elles, tel le clocheteur qui précédait les convois funèbres en tenant à la main une clochette. Le son, au départ non électrifié, passe dans les hauts parleurs de la salle. Le batteur frappe lui aussi sur deux barres. La vibration qui en résulte fait se serrer mon coeur. Mathieu Vandekerckhove attaque le riff de "Boden", lent et pesant. L'ambiance solennelle est écrasante de densité. En quelques secondes Amenra nous a plongé dans l'écoute fascinée d'une marche funèbre. Quant au bout de deux minutes tous les musiciens se mettent à jouer, la puissance dégagée est stupéfiante. Le son est tellement massif qu'il en est presque palpable. Chaque musicien reste parfaitement distinct dans cet ensemble d'une remarquable homogénéité. C'est une musique très organique, très humaine. On sent battre les coeurs des artistes. Les hurlements déchirants de Colin H. van Eeckhout achèvent de me transporter dans un autre monde. La densité du son, l'intensité du jeu, la lourdeur du rythme génèrent des sensations profondes, tant dans le corps que dans l'esprit. La raison fait place à des émotions viscérales et obscures. Je me sens très vivant, très présent. Les vidéos en fond de scène renforcent l'aspect liturgique de la prestation (croix, église). Mes morts me viennent à l'esprit. Face à moi Mathieu Vandekerckhove lève enfin les yeux et glissent quelques regards sur l'assistance avant de replonger dans l'intensité de ses riffs. Colin H. van Eeckhout se retourne momentanément vers le public, l'homme chantant de dos la majorité du concert. Colin est fascinant. Il semble sacrifier son propre corps, poussant des cris foudroyants, tordant ses membres. Sa performance fait écho au désarroi et à la confusion mentale dans lesquels nous plongent la conscience de notre mortalité. Par delà le trouble
, la musique d'Amenra génère lentement mais sûrement un sentiment d'élévation. Une libération. Une lueur dans les ténèbres. Amenra achève sa performance par l'arrêt abrupt et totalement maîtrisé de "Silver Needle. Golden Nail". Une sortie de scène sans un mot. A quoi bon, tout a été dit par la densité du son, le mouvement des corps et les visuels projetés. Amenra ne fait pas de rappel. Nul besoin, la performance était parfaite.

Setlist :

  1. Boden
  2. Razoreater
  3. Terziele
  4. Nowena | 9.10
  5. Aorte. Nous sommes du même sang
  6. Am Kreuz
  7. Silver Needle. Golden Nail

La soirée a été très réussie. Le public, très respecteux, a laissé les artistes déployer leur univers. Comble de bonheur, les univers des deux groupes se sont bien complétés.


 
 

 


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