Gao Bo - Maison Européenne de la Photographie - Paris - du 08/02 au 09/04/2017 - Compte-rendu de visite

AU-DELA TOUT DISPARAIT
La MEP expose le plasticien chinois Gao Bo


La Maison Européenne de la Photographie présente l'oeuvre de Gao Bo, entre photographie, installation et performance.



A l'extérieur de l'édifice, nous découvrons à notre arrivée un amas de galets sur notre droite. Il s'agit d'une installation de Gao Bo. Mille pierres sur lesquelles sont imprimés des portraits de tibétains. L'installation comprend également mille lampes en bronze installées dans le jardin zen du lieu. Les galets sont appelés à être dispersés ultérieurement dans la nature des hauts-plateaux du Tibet. En souvenir. En offrande.






Nous pénétrons dans la Maison Européenne de la Photographie. Nous commençons par la partie de l'oeuvre de Gao Bo consacrée au Tibet. Lors d'un voyage au Tibet en 1985, Gao Bo prend des portraits. Son intérêt est tel qu'il reviendra à plusieurs reprises immortaliser les rites des moines et la vie des habitants. De très belles images dans un noir et blanc de toute beauté. Dix ans plus tard, Gao Bo recouvre les tirages de ses photographies d'encre, de peinture et de son sang, écrivant des textes au moyen d'une typographie inventée.






La visite se poursuit avec les installations "Micro-Polyphonie", hommage à la muse et amie de l’artiste, Zhou Jin, atteinte de maladie et "Faramita Laostist", hommage au dramaturge Samuel Beckett.


Micro-Polyphonie, 2015 (extrait)

Une salle entière est consacrée à un hommage à la mère absente, suicidée sous les yeux d'enfant de Gao Bo. Les installations mêlent photographies, peinture, pièces de bois, sang et os d’animaux, assemblés au moyen de bandages médicaux et parsemés d'écritures. Un équilibre artistique fragile entre destruction et reconstruction. Une tentative de transfiguration de la mort qui nous plonge dans une mélancolie certaine.





Dans la salle suivante, l'effacement et la disparition sont également à l'oeuvre. Des portraits sont présentés sous forme de quadriptyques barrés d’une croix au néon rouge. Gao Bo enduit les photographies de résine et recouvre ensuite les oeuvres de peinture noire et blanche, éclaboussant les murs même de l'exposition. Gao Bo reviendra avant la fin de l'exposition faire réapparaitre en partie les portraits.





Un cycle de destruction et de recontruction est également en cours dans une série de portraits de condamnés à mort. Au fur et à mesure des expositions, l'oeuvre initiale évolue. Les tirages géants des portraits des condamnés ont été exposés puis brûlés. Il ne reste dorénavant que les châssis calcinés et les cendres. Cendres que Gao Bo a rassemblé dans des boites en fer avec les archives policières de chaque condamné.


Nous avons pleinement apprécié la puissance et la vitalité de l'oeuvre de Gao Bo sans avoir lu beaucoup d'articles à son sujet. C'est bon signe. L'exposition proposant de nombreux textes explicatifs, nous sommes revenus après coup nous renseigner plus avant sur l'oeuvre et la personnalité de l'artiste. Après lecture nous éprouvons une grande sympathie pour l'artiste, sa démarche se révélant être d'une intense sincérité en plus d'être d'une grande beauté graphique.
Une très belle exposition.

Précepte des pierres, 2009

A ne pas rater : d'autres photographies de Gao Bo, issues de la série des "Offrandes au Tibet", sont exposées à la Maison de la Chine jusqu'au 8 avril (ici).

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