H.R. Giger - Seul avec la Nuit - Le Lieu unique - Nantes - du 15/06 au 27/08/2017 - Compte-rendu de visite

QUE VIENNE L'OMBRE DE LA NUIT
Le Lieu unique à Nantes propose une importante rétrospective de l'oeuvre de H.R. Giger. Indispensable.

 
Nous sommes nombreux à avoir découvert Hans Ruedi Giger au travers de son époustouflant travail graphique pour le film "Alien" sorti en 1979. J'avais à l'époque acheté son livre "Necronomicon". Je suis tombé amoureux de l'imagination extravagante de l'artiste. A la fois plasticien, graphiste, illustrateur, designer, peintre, H. R. Giger a laissé une oeuvre qui reste très influente (musique, jeu vidéo, tatouage).
Le Lieu Unique à Nantes proposant une rétrospective de l'oeuvre, je décide de me rendre sur place. Qui plus est, je m'y rends avec trois des enfants. Une histoire de partage et de passage.
 

 
Quelques mots tout d'abord sur Le Lieu Unique, que je ne connaissais pas. Le Lieu Unique est un centre culturel créé à Nantes au premier jour de l'an 2000. Le centre est installé dans les anciens locaux de la biscuiterie LU (mêmes initiales). La spécificité du centre est d'être multiple : espace d'expositions et de spectacles, café, bar, club, restaurant, avec une librairie (Vent d'Ouest, très bien fournie en ouvrages de qualité), une boutique et un hammam. Le lieu est fort joliment restauré, avec un style dépouillé, voire brut, rappelant le passé industriel du bâtiment. Nous nous sommes restaurés sur place en arrivant. Nous avons mangé à une table située devant l'entrée de la salle d'exposition. Une entrée cachée par un paravent ornée d'une immense reproduction de la peinture "Necronom IV", celle-là même qui a donné envie au réalisateur Ridley Scott de confier la réalisation de la créature d'"Alien" à Giger. Cerise sur la gâteau l'entrée de l'exposition est gratuite.


Nous prenons un feuillet informatif à l'entrée, avec deux textes fort instructifs, l'un de Patrick Gyger, le directeur quasi homonyme du centre, l'autre de Carlos Arenas, le commissaire de l’exposition. Deux déclarations d'amour à H.R. Giger et à son univers, à la croisée de l'art contemporain et de la culture populaire.
Lorsque nous entrons dans le lieu de l'exposition, l'endroit nous frappe par son immensité. Devant nous se dresse l'imposante salle à manger "Harkonnen". Nous sommes immédiatement happés par cette oeuvre d'une couleur d'obsidienne noire, toute en crânes et ossements. Ce mobilier devait servir pour les décors du projet avorté d'adaptation du roman "Dune" au cinéma par Alejandro Jodorowsky.


Au milieu de l'immense salle est installé une scénographie en forme de pentagone, allusion évidente à la figure du pentagramme tant utilisée par H.R. Giger. Des dessins et des tableaux de toute beauté sont accrochés sur les murs de cette structure. La rétrospective présente une trentaine d’œuvres provenant de la collection personnelle de l'artiste (dont une partie provient du musée Giger situé à Gruyères en Suisse) et une centaine de prêts de collectionneurs. Nous avons ainsi le plaisir d'admirer les oeuvres les plus connues et des oeuvres très peu vues. L'ordre de présentation est chronologique sur les murs extérieurs du Pentagone. Nous admirons les premiers dessins à l'encre sur papier ("Guillotine" 1962) qui interpellent par la force de leur sujet et par leur qualité visuelle. Dès la fin des années 1960 l'esthétique de H.R. Giger est déjà très marquée, mélange sidérant de beauté et de noirceur. Les bases sont solides : crâne allongé, bouche pulpeuse, formes organiques mi humaine mi-végétal qui se mélangent avec des éléments mécaniques. C'est un grand plaisir que d'observer les originaux de ces dessins remarquables. Les peintures à l'huile (la série des "Passage" avec son arrière de benne à ordures) offre ensuite des visions plus abstraites.


Birth Machine Baby, 1998


Sans titre, 1963

Nous arrachant en temps à la fascination qu'exercent les peintures et les sculptures, nous allons regarder une maquette de bar (c'est celui qui est situé en face du musée Giger à Gruyères). Un bel intérieur avec du mobilier Harkonnen et des arches formées de colonnes vertébrales. Nous pouvons également voir deux films projetés sur les murs, dont un truffé d'images épatantes sur le travail de Giger lors du tournage du film "Alien". Des transats simple ou double permettent de s'installer confortablement pour regarder les reportages.


Il est temps de rentrer dans le pentagone. Deux entrées différentes sont prévues, permettant des allers retours entre l'intérieur et l'extérieur du pentagone. Une possible référence aux nombreux passages qui existent dans les toiles de Giger. Les peintures sont dorénavant classées par thèmes (le cinéma, les paysages, l'ésotérisme,...). Ce choix de présentation non chronologique est judicieux car il évite de scinder l'oeuvre de Giger entre l'avant et l'après "Alien". Nous profitons ici d'une vision globale des créations de l'artiste.


H.R. Giger donne la pleine mesure de son talent lorsqu'il décide de passer à la technique de l'aérographe au début des années 1970. Il va projeter son mental sur la toile avec une puissance sidérante et avec une maîtrise époustouflante. Les symboles de vie se mélangent avec les symboles de mort. Phallus, vagin, lame, mitraillette, crâne, nouveau-né. Les symboles ésotériques abondent (oeil, croix, pentagramme). Les personnages sont malsains, l'ambiance délétère. Les corps sont comme rongés, corrompus. Les figures féminines sont majestueuses, comme divinisées. Les mondes organiques et mécaniques fusionnent, baignés dans une ambiance belle et cruelle au statisme surnaturel et vénéneux. L'aérographe permet de donner une crédibilité inouïe à cet univers : ombres inquiétantes, lumière laiteuse, chairs tuméfiées, mécaniques corrodées. Nous nous régalons en observant de prêt les peintures exposées. Des détails, insoupçonnables dans les livres, jaillissent devant nos yeux.




Sans titre, 1985 (vue d'ensemble et détails)

Les hallucinants dessins pour le film "Alien" sont bien entendu de la partie mais sans en faire le point central de l'exposition. Nous trouvons même une note d'intention de H.R. Giger au moment du tournage d'"Alien 3". L'artiste suisse propose une relecture graphique de sa créature légendaire, qu'il trouve trop rigide dans sa version de 1979. Il propose de féminiser la silhouette de la créature, d'en améliorer la souplesse, de supprimer les appendices dans le dos, d'ajouter des griffes rétractiles et d'érotiser les lèvres. Cette impressionnante version, non retenue dans le film, est reproduite à taille réelle et présentée au centre de l'exposition.

Zeichnungen für Alien 3, 1990



Necronom (Alien III), 2005

Nous sortons de l'exposition avec le plaisir immense d'avoir contemplé des oeuvres époustouflantes de H.R. Giger et avec la satisfaction d'avoir participé à une rétrospective réfléchie et fort joliment scénographiée. Un grand merci au Lieu Unique.

Bonus spécial copinage : ma soeur tient un blog passionné et passionnant qui est une mine d'informations concernant les figurines Alien. Vous pouvez y poursuivre votre rêve et vos cauchemars. C'est ici : Le blog de Cla

Commentaires