Fall of Summer Festival - Lac de Torcy - 08 et 09/09/2017 - Compte-rendu de concert - Concert Review

DES DIEUX POUR LES IMPIES
Le festival Fall of Summer en est à sa quatrième édition. Passionnant.


« Mille années de pluie
Bienvenue au Déluge
Qui nous soulage de la souffrance
Qui lave mes blessures, le sang sur mes mains
Qui lave le sang de ces terres
Avec mille années de pluie »
Primordial – Come The Flood (Que vienne le Déluge) - 2014

Cette année nous nous rendons au festival Fall of Summer dès son ouverture. Une petite heure de route avant de nous garer au bord du lac de Torcy. Les prévisions météorologiques sont menaçantes. Dans l’après-midi et dans la soirée, la pluie et une tombée des températures devraient s’ajouter au vent qui balaie d’ores et déjà le lac. Par prudence nous nous sommes équipés avec une parka noire et nos fidèles Dr. Martens. Les bénévoles et le service d’ordre accueillent les festivaliers avec le sourire.


Nous rentrons sur le site du festival. Nous retrouvons la même organisation de l’espace que l’année dernière. Une des deux scènes (la Blackwaters) est située au bord du lac et permet de regarder les concerts les pieds dans le sable de la plage. L'autre scène (la Sanctuary) est sur un sol bitumé. Les scènes sont séparées par une colline verdoyante fendue d’un chemin bitumé qui permet de marcher en terrain plat. Les déplacements d’un point à l’autre sur le site sont fluides et ne prennent qu’une minute. Petit c’est mieux. 



Après un ravitaillement en jetons pour la restauration des deux jours, nous sommes devant la Blackwaters pour accueillir le groupe lituanien Au-dessus qui ouvre la journée. La formation vient de sortir son deuxième album « End Of Chapter ». Le visuel de couverture de l’album, créé par Valnoir de Metastazis, est fort impactant avec sa jeune fille décédée, veines bleuies sous la peau diaphane, les yeux recouverts par deux pièces de monnaie. Ce visuel sert de fond de scène lors de la prestation. Les membres d’Au-dessus sont vêtus avec sobriété de capuches noires. Nous sommes en territoire post black metal balisé. Riffs froids, atmosphère dense et sombre, alternance de passages énervés et de moments plus calmes, le tout sans un mot adressé au public. L’ensemble réussit à maintenir l’intérêt grâce à quelques trouvailles sonores comme cette batterie qui se fait soudain tribale. Le son est nickel d’emblée. Voici une fort agréable mise en bouche pour ce début de festival.


Les groupes se succèdent d’une scène à l’autre, sans temps mort, aussi nous nous rendons en quelques secondes à la Sanctuary pour assister au show de Hideous Divinity. Cette formation italienne a remplacé au pied levé le groupe Doom, initialement prévu et qui a dû annuler sa participation suite à une blessure. Le death metal des italiens peine à nous convaincre. La mise en son est brouillonne. Pour ce premier concert de la journée sur la Sanctuary, les techniciens n’ont pas encore dompté le vent latéral qui perturbe le son de cette scène. Rien à faire, nous ne rentrons pas dans le concert. Une caractéristique essentielle du Fall of Summer est de laisser un confortable temps de jeu d’au moins quarante-cinq minutes à chacun des groupes. Du coup en attendant le prochain concert nous visitons le site. Les points d’eau sont bien visibles, les stands de nourriture quasiment sans queue, les bières spéciales sont nombreuses. Merci aux bénévoles qui vont assurer sur l’ensemble des deux jours.


Retour à la Blackwaters pour voir Necrowretch. Les français jouent un death/thrash/black metal d’excellente facture. Le show est intense, voire frénétique. L’atmosphère est sombre avec un côté pernicieux et malsain, à l’image de l’illustration qui orne le fond de scène, une tentaculaire entité issue de l’imagination du chilien Daniel Corcuera. Le chant vicieux vient densifier cette ambiance de dingue. Le batteur a un regard halluciné magnifié par son maquillage noir. Necrowretch enchaîne les morceaux sans temps mort. Ce n’est pas un problème technique momentané de la seconde guitare qui va ralentir le rythme, celui-ci reprenant de plus belle pour une version écrasante de « Putrid Death Sorcery ». Un concert fou.


Encore sous le choc de la prestation dantesque de Necrowetch, nous mettons quelques instants à rentrer dans le concert de Broken Hope sur la Sanctuary. La basse est bien trop fort au premier rang et nous décidons de nous poster plus en arrière pour bénéficier d’un meilleur mix. Le son est encore capricieux en raison du vent latéral. Ces pionniers américains du brutal death nous gagnent vite à leur cause. Les morceaux sont de qualité inégale mais le chant guttural et caverneux emporte le tout. « Dilation and Extraction », que le chanteur dédie aux femmes, est une boucherie (les paroles également). Broken Hope défend également avec conviction son nouveau méfait, l’album “Mutilated and Assimilated", album dont la pochette orne la scène, un monstre fort réussi créé par Wes Benscoter.


Le claviériste de Grave Digger vient annoncer le groupe, masqué d’une tête de mort, à l’image de la faucheuse qui trône sur la belle illustration de Gyula Havancsák en fond de scène. La veste à patches de Chris Boltendahl, chanteur de Grave Digger, nous situe immédiatement les références du groupe. Saxon, Iron Maiden, Motörhead, Judas Priest, Kiss, nous sommes en 1980, année de formation de Grave Digger en Allemagne. La ligne de conduite est restée la même depuis trente-sept ans. Un Heavy Metal traditionnel, aux hymnes fédérateurs, servi avec plaisir et exécuté avec tous les poncifs inhérents au genre. Comme la pluie commence à pleuvoir nous sommes invités à chanter tous en chœur pour chasser les gouttes « Ballad of a Hangman ». Nous tapons dans nos mains sur « Highland farewell ». Le chanteur joue de la air-guitar sur tous les soli. Grimaces, clins d’œil complices, son impeccable (cette intro à la basse mes aïeux). La prestation passe comme un charme.
 

Après l’ambiance bon enfant de Grave Digger, place à Cattle Decapitation. Le Death Grind des californiens ne va pas faire de quartier. Le chanteur Travis Ryan possède un chant très varié, toujours intense. Le drapé en toile de fond représente un rivage empli de cadavres farcis d’objets de consommation. Une illustration de Wes Benscoter (le même que pour Broken Hope) pour l’album « The Anthropocene Extinction”. Très concentrés, Cattle Decapitation livre une prestation impeccable, servi par un bon son (les techniciens parviennent à dompter les effets du capricieux vent latéral). Parfait de bout en bout, rien à redire. Et la pluie s’est arrêtée le temps du concert.
 



Après la claque Cattle Decapitation, retour aux années quatre-vingt avec un hommage à Sortilège. Au-delà du plaisir rare d’entendre en concert de beaux morceaux comme « Quand un aveugle rêve », nous restons perplexes quant à la démarche qui consiste à rendre hommage à des groupes défunts. Avis qui ne remet pas en cause la sincérité des intervenants. Nous profitons du concert pour nous allonger sur l’herbe verte de la colline. C’est un plaisir singulier en festival qu’il convient de pleinement apprécier. La pluie qui recommence à tomber nous extrait de notre torpeur.






Retour à la Sanctuary. Merciless a sorti des brûlots entre 1990 et 1994, s’est dissout et est réapparu en 2002. Que peut-on attendre en 2017 de ce groupe fort rare sur scène ? La réponse est cinglante. C’est une tuerie. Le chant est superbe, les guitares acérées, le rythme frénétique. Un concert épatant que nous donne une pêche incroyable et met brutalement le feu à la fosse. Les membres de la sécurité, irréprochables, récupèrent les slammeurs par paquet de douze. Un concert incroyable.
 




Comme Claudio Simonetti's Goblin l’année dernière, Magma est le cas à part dans une affiche composée de black, de death, de thrash et de heavy metal traditionnel. C’est le pari du festival (merci Jessica) que de proposer un choix un peu décalé, un groupe fort ancien, né en 1969, jouant une musique complexe et difficile d’accès, inspiré du jazz et de la musique contemporaine. Avec ses morceaux fleuves, « Theusz Hamtaahk », « Mekanïk Destruktïw Kommandöh », Magma va passionner l’auditoire. Rythmiques obsédantes (quel son de basse !), chants scandés, percussions massives. Christian Vander est passionné et passionnant derrière sa batterie comme derrière un micro (le temps d’une démonstration vocale éblouissante). La pluie tombe maintenant à verse et le vent déverse des gouttes sur les instruments, ce qui n’entrave en rien l’implication des musiciens. Magma conquiert le Fall of Summer par l’authenticité de sa musique. Par le fait également que, nous le sentons, le métal extrême puise son histoire dans les années soixante-dix, merveilleux creuset dans lequel se mélangeait le jazz, la musique contemporaine, la musique folk, la pop, le blues, le rock, la musique classique, le punk, la new wave et maintes tentatives progressives. Alors oui, à quand un concert de blues au Fall of Summer ? Au croisement des chemins.



En parlant de jazz, voici une formation qui en est issue. Le Fall of Summer accueille Shining (le groupe norvégien, pas le groupe suédois éponyme) qui remplace Saint Vitus qui a annulé sa venue un mois auparavant. Certes le groupe Shining a beaucoup évolué depuis ses débuts en tant que quartet de jazz. Il délivre dorénavant un métal singulier et volontiers tapageur. Le chanteur est également guitariste et saxophoniste. Il est au four et au moulin et imprime un rythme endiablé au concert, juste un instant ralenti par la belle ballade « Hole in the Sky ». Nous peinons malheureusement à nous concentrer sur la performance de Shining car ce sont dorénavant des hallebardes qui tombent. En fait il a plu tout le concert de Magma mais nous étions tellement captivés que nous n’y avons pas fait attention outre mesure. La réalité nous rattrape. Le sol devant la Sanctuary, bitumé, est devenu une piscine. Nos Dr. Martens tiennent la route heureusement et protègent nos pieds. Notre parka en revanche s’avère ne plus être étanche après plusieurs heures de pluie et de vent. L’humidité menace nos papiers et notre appareil photo. Nous allons nous abriter quelques instants sous les rares abris disponibles (le stand de dédicaces ou celui de vente de jetons).



Après avoir remis un peu d’ordre dans nos affaires, c’est trempé que nous allons voir la prestation de Gaahls Wyrd, toujours sous des trombes d’eau. Notre appareil photo a rendu l’âme, il est empli de buée, aussi nulle photographie ne vient égayer le compte-rendu de ce concert. Concert impeccable au demeurant. Gaahl arpente la scène avec une lenteur énigmatique et nous délivre des vocaux splendides le temps de reprises de Gorgoroth et d’une reprise de God Seed. Sombre, fascinant, glaçant. Un très beau moment qui nous fait oublier les conditions météorologiques. 

Blasphemy, fort rare sur scène, rate son passage. Son faiblard, tenues ridicules, ambiance kermesse, c’en est trop. Votre serviteur est rattrapé par le froid et l’humidité. Le jean est dorénavant détrempé. Impossible de lutter plus longtemps, nous profitons de la médiocrité de ce show pour aller nous abriter. Une pause prolongée dont Annihilator va faire les frais puisque nous ne revenons que pour le show de Primordial. 

Le concert de Primordial se déroule lui aussi sous une pluie battante. La pause que votre serviteur a faite à l’abri de la pluie a profité à l’organisme et à l’appareil photo. Nous nous installons juste devant contre la barrière, en face de Pól MacAmhlaigh, bassiste et fondateur du groupe. De notre position le son de basse est prépondérant par rapport aux deux guitares. Une autre manière d’apprécier la sonorité du groupe, en se focalisant sur sa partie rythmique. Primordial est toujours mené par A.A. Nemtheanga, soit l’assurance d’un chant puissant et passionné. L’homme ne faillit pas à sa réputation. Il vient d’emblée chercher chacun d’entre nous du regard, du geste, de la voix. Il sait que son audience ce soir est trempée et frigorifiée et qu’elle répond présente. Le chanteur témoigne de sa gratitude avec maintes frappes du poing sur le cœur. Primordial c’est la promesse d’un concert intense. Celui-ci confirme la capacité phénoménale du groupe à tout donner sur scène, avec un mix qui donne à entendre tous les musiciens (quelle batterie ! quel batteur !). L’atmosphère créée est juste épique, avec la force de l’évidence. C’est comme être face à un fleuve ou au tonnerre, c’est une force de la nature qui ne se discute pas. Nous sommes sous le charme. La musique de Primordial engendre un sentiment d’urgence, légèrement angoissant, qui maintient l’intérêt de l’audience à un haut niveau de participation. Le charisme démentiel du chanteur créé l’empathie, nous projetant immédiatement dans les enjeux de chaque chanson. Il faut dire que chaque phrase est scandée avec un niveau d’engagement émotionnel stupéfiant. Primordial c’est la Tragédie humaine, celle avec un grand H, celle qui broie les résistants tout comme les Empires. Du chagrin, de l’amertume, de la rage. Nous reprenons à gorge déployée les refrains. A.A. Nemtheanga descend à notre contact, debout contre la barrière. Une magnifique prestation. La pluie, quelle pluie ? 



“C'est mon souhait
De réduire en esclavage votre peuple
D’abreuver le sol de votre sang
De brûler vos lieux de culte
Nos dieux deviendront vos dieux »
Primordial – Gods to the Godless (Des Dieux pour les impies) (2005)


Nous quittons cette fascinante journée avec le souvenir d’au moins quatre prestations coup de coeur (Necrowretch, Merciless, Magma et Primordial). Il est l’heure d’aller se ressourcer. Quelques kilomètres de route en cherchant la ligne blanche dans la nuit au travers du rideau de pluie et nous sommes au chaud. Bonne nuit.

Le lendemain samedi, nous arrivons sur le site en milieu d’après-midi. La pluie vient de cesser. Le soleil est enfin présent et réchauffe les visages et les corps.

Nous démarrons sur les chapeaux de roue avec la prestation de Demolition Hammer. Ces vétérans du Thrash metal américain en ont sous la semelle. Pour leur première prestation française depuis 1992, ils appuient à fond sur le champignon. Entre chaque morceau le bassiste semble concourrir au championnat du monde du plus grand nombre de « fuck » à la seconde. Le groupe rend hommage aux gars de la sécurité en expliquant qu’ils font leur boulot et qu’il faut les respecter. Mieux vaut prévenir que guérir. Il est vrai que le rythme très soutenu déchaîne la foule et que les slammers sont légion. Comme le déclare le groupe, leur but est d’enfoncer des clous dans nos caboches et de s’assurer que nos crânes seront fissurés à la fin du concert. Mission accomplie les gars. Respect.




Morbid Saint a la lourde tâche de passer derrière Demolition Hammer (dont les membres sont bien visibles à l’arrière de la scène, observant le set de Morbid Saint avec des regards rigolards de connaisseurs). Morbid Saint est lui aussi un vétéran de la scène thrash metal américaine. Le groupe ne compte pas rater son premier concert en France. Hyper concentrés, en grande forme, ultra rapides, visiblement heureux d’en découdre, Morbid Saint transforme les premiers rangs, déjà bien chauffés par Demolition Hammer, en circle pit permanent doublé d’un flot ininterrompu de slammers. La fête totale. Rien à redire.
 


Après ces deux baffes d’affilée, nous allons nous restaurer en regardant de loin la prestation d’Orange Goblin. Le groupe semble être en train de mettre le feu sur la Blackwaters. Nous avalons nos merguez frites afin de nous approcher au plus vite de la mêlée. Le constat est indéniable, Orange Goblin est en train de retourner la foule qui chante et exulte. C’est un nouveau défilé de slammers, de circle pits et de wall of death. La totale. Le chanteur, ravi d’une telle réaction, nous informe de son amour pour la France. La basse vrombit, les soli de guitare virevoltent dans l’air. Le soleil si apprécié se couche doucement. Et voilà, trois concerts épatants d’affilée.





Il est temps de passer à une musique moins directe, plus exigeante pour l’auditeur. Immolation défend son death metal aux riffs tortueux sur la Sanctuary. La construction vicieuse et implacable des morceaux nous déroute en premier lieu. Puis petit à petit nous sommes gagnés par le growl sinistre, par la précision des variations de motifs, par la complexité de la rythmique. Un concert superbe tout en circonvolutions, fort agréable à suivre. Les membres de Demolition Hammer, sur le côté de scène, n’en perdent pas une miette.



En nous rendant au concert de Coven sur la Blackwaters, nous apprécions du regard le nombre de festivaliers. La plage est noire de monde. Or le festival a besoin de cinq cent personnes de plus que l’année dernière pour tenir économiquement. A vue d’œil je dis que c’est gagné. Il me semble que nous sommes au moins trois mille cinq cent. Nous verrons la communication du festival d’ici quelques semaines, en croisant les doigts pour une nouvelle édition l’année prochaine. Coven est un groupe américain de rock psychédélique formé en 1968 aux propos anti-chrétiens et à l’orientation sataniste. Sorti en plein affaire Charles Manson, le premier album est retiré des bacs. Le groupe calme alors son propos avant de splitté en 1974. La chanteuse Jinx Dawson a relancé le groupe sur scène cette année. Le moins que l’on puisse dire c’est que Coven assure le show. En fond de scène un écran géant diffuse des images (flammes, logo du groupe, semblant de messe noire). La chanteuse sort d’un cercueil au début du concert. Les musiciens sont encapuchonnés. Nous sommes invités à participer à un cérémonial diabolique. Hail Satan ! Jinx Dawson, soixante-sept ans, rayonne. Son magnétisme emporte l’adhésion de la foule. Le rock psychédélique joué est d’époque, quoique dépoussiéré de quelques sonorités trop anciennes. Du coup c’est fort agréable aux oreilles, avec de beaux morceaux, des vocaux envoûtants. La chanteuse est à fond dans son trip messe-noire-en-direct, s’emparant même d’un crâne humain pour agrémenter son propos. Nous nous laissons porter par la musique, fort sympathique. Une résurrection du passé qui résonne agréablement. Le festival Fall of Summer réussit une belle fusion des styles et des époques. Bravo.




C’est un agréable sentiment de fusion que nous décidons de quitter les lieux pour cette année (tant pis pour Marduk, Venom et Septicflesh qui poursuivent la soirée). Nous partons avec le sourire au visage et la ferme attention d’être ici l’année prochaine pour une nouvelle édition du Fall of Summer.




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