Nederlands Dans Theater 1 - Sol León et Paul Lightfoot - Crystal Pite - Théatre national de Chaillot - Paris - du 22 au 30/06/17

POUSSIERE D'ANGE
La compagnie du Nederlands Dans Theater est au Palais de Chaillot pour trois chorégraphies. Réjouissant.


La compagnie néerlandaise de danse Nederlands Dans Theater est au Théâtre national de Chaillot. Elle propose deux créations du duo Sol León et Paul Lightfoot et une pièce de Crystal Pite.


C'est la première fois depuis fort longtemps que votre serviteur se rend à un spectacle de danse. La découverte du Théâtre national de Chaillot, chef d'oeuvre d'architecture Art déco, est un régal. Nous descendons l'immense escalier de marbre afin de pénétrer dans ce théâtre édifié dans le flanc de la colline en 1937. Nous atteignons le Grand Foyer et sa grande baie vitrée qui fait face au Trocadéro, à la Tour Eiffel et au Champ-de-Mars. La vaste salle est décorée d'une majestueuse fresque de Gustave Louis Jaulmes ("Le Théâtre antique) et embellie de décors et de sculptures (dont "Le Printemps" de Paul Belmondo).




La sonnerie qui retentit nous invite à nous rendre à la Salle Jean Vilar. Nous reprenons notre descente dans le sous-sol de la colline. Escaliers, vestibules, galeries se succèdent jusqu'à une grande salle équipée dans un style moderne. Les photographies n'étant pas autorisées, ce compte-rendu ne comporte aucune image des spectacles (la photographie en en-tête d'article est issu du site internet du Théâtre). Le NDT comprend deux compagnies de danseurs. C'est la compagnie Nederlands Dans Theater I (24 danseurs d'un niveau de soliste) qui officie ce jour.

"Safe as Houses" ouvre le bal. Une pièce créée par Sol León et Paul Lightfoot, codirecteurs et chorégraphes résidents de la compagnie Nederlands Dans Theater. Alors que nous discutons encore, que les lumières de la salle sont encore allumées, trois personnes déambulent au bord de la scène, en costume noirs, devant un voile noir. Elles s'arrêtent, dos au public. La lumière baisse, le silence se fait. Le voile se lève, révélant une scène au sol blanc, avec un drapé de fond orné de quelques superbes branchages. Une grande paroi blanche partage la scène en deux. Les trois danseurs parcourent ce décor, s'attirent, se repoussent. La cloison se met alors à pivoter autour d'un axe central. Quand le mur blanc les masque à notre vue, les danseurs en noir disparaissent et des danseurs habillés de blanc apparaissent en se faufilant discrètement sous le drapé en fond de scène. C'est fort habile et l'effet est saisissant. Le fond sonore est un choix de musiques de Jean-Sébastien Bach. Les danseurs sont repoussés inexorablement par la rotation du mur. Certains parviennent à lui échapper quelques instants lors de belles échappées en solitaire. Noir et blanc. Immobilité et mouvement. Obscurité et lumière. Le livret nous apprend que le spectacle s’inspire du Yi Jing, ancien texte chinois basé sur la complémentarité entre les principes Yin et Yang, lune et soleil, passif et actif.

Après un entracte, voici la deuxième pièce du programme, "In the Event" de Crystal Pite, chorégraphe canadienne invitée par le NDT. La scène est plongée dans la pénombre. Pourtant tout est parfaitement lisible. Il faut saluer ici le travail exceptionnel de Tom Visser aux lumières. La musique de Owen Belton est puissante. Des craquements et des vrombissements emplissent la salle Jean Vilar. L'obscurité et la densité sonore nous entraînent d'emblée dans un autre monde. Sur la tenture en fond de scène des visions se succèdent, entre froideur de paysage lunaire et chaleur de la lave qui craquèle de noires terres. Au début de la scène sept danseurs sont regroupés autour d'une femme inanimée. L'un deux palpe le corps immobile, avec des mouvements vifs et répétitifs. La femme se lève, ce qui déclenche un mouvement ondulant des danseurs. Les bras jaillissent de cette masse de corps. Chacun agrippe la tête de son voisin et le projette au sol. Le voisin se relève et fait tomber une autre personne. Tel le ressac, les danseurs vont frapper avec impétuosité la droite de la scène avant de revenir avec violence vers la gauche de la scène. Les images jaillissent dans notre esprit, sans doute fort différentes de celles de nos voisins de fauteuil. Une lune pâle vient de disparaître à l'horizon. Un soleil fatigué se lève et éclaire d'une terne lumière une mer mourante. Les crustacés se bousculent dans le ressac glacé. Un sentiment d'urgence angoissée impose un rythme intense aux danseurs. De superbes soli viennent apporter des moments de grâce à ce paysage de fin du monde. Dans la sublime pénombre, les muscles tressaillent, les torses se convulsent, la danse devient tragédie individuelle. L'homme, seul, agité et inquiet, palpe à nouveau la femme inanimée. Un deuil, vraisemblablement. La fin d'un monde vécu comme la fin du monde. Une expérience effrayante, douloureuse et fascinante, où l'esprit est invité à trouver son chemin, entre incompréhension et sombres émotions.
 

"Stop-Motion" est une autre pièce créée par le duo Sol León et Paul Lightfoot. Le sol est recouvert de poussière blanche, un voile noir recouvre le fond de scène. Une musique fort mélancolique de Max Richter emplit la salle. Une projection vidéo nous montre une jeune femme (Saura Lightfoot-León, la fille des chorégraphes) qui nous fait face, toute en retenue, vêtue de vêtements d'un ancien temps. Elle nous narre un texte, dont nous n'avons pas saisi la teneur. L'impression qui nous est laissée est que cette jeune personne, toute en gravité, a vécu jadis. A travers les siècles sa voix nous arrive. J'ai existé, j'ai laissé une trace, voici mon histoire. Les danseurs nous font revivre cette histoire. A moins que nous fassions fausse route. Derrière le haut niveau technique de danse, aucune piste claire ne se dessine. La solennité ambiante se dissout dans un trop plein de mouvements et d'images vidéos. Quelques superbes duos toute en sensibilité apporte fraîcheur et vie, les mouvements faisant se soulever la poussière blanche. Le grand sérieux de l'ensemble frôle la poésie sans l'atteindre, par manque de profondeur. Les danseurs sont impeccables.

Pour une première fois nous avons passer un fort bon moment. Nous allons revenir. Bientôt.

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