Malcolm Young est mort - 1953 - 2017

C'est un copain qui m'a initié. J'avais treize ans. Après les cours il m'a invité chez lui. Ses parents n'étaient pas là, son frangin non plus. Nous étions dans le salon. Il m'a dit de me tenir debout au milieu de la pièce. Il a fait quelques mouvements du côté de la chaîne stéréo de ses parents. Le son a jaillit des enceintes. A un volume effarant. Un riff de guitare implacable vrillait mes neurones, raclait la chair de mes os. Saturation électrique, nervosité. Ce n'était pas méchant comme son, c'était âpre, inexorable. La gouaille du chanteur tempérait la férocité du riff. Le copain me hurlait dans l'oreille : "Alors, t'en penses quoi ?". Qu'est-ce que j'écoutais à l'époque en Hard Rock ? Deep Purple, Scorpions, Black Sabbath. Du mélodique, teinté du psychédélisme des années soixante-dix. Mais là ce que j'entendais apportait une nouvelle orientation : la férocité. Pas une once de déballage de virtuosité. Ce que j'entendais était dur. J'ai hurlé dans son oreille : "C'est qui ?". Il a hurlé mais je n'entendais rien au milieu de l'orage : "AC/DC ! Let There be Rock". J'allais plonger les deux pieds joints dans la marmite.
La pochette des albums m'a renseigné sur l'allure des membres du groupe. Nous n'avions d'yeux que pour le chanteur Bon Scott et le guitariste lead Angus Young avec son costume d'écolier et son jeu de scène épileptique. Derrière ces deux bêtes de scène, les autres musiciens étaient impressionnants de par leur discrétion (jamais une once de tentative de voler la vedette aux deux autres énergumènes), jusque dans leur tenue vestimentaire (jean, tee-shirt, au diable la frime). Derrière son immense Gretsch JetFire Bird 1963, Malcolm Young, frère de, assurait la rythmique. Il m'a fallu des années pour piger que c'était ce gars qui était à l'origine du son d'AC/DC. Le riff c'est lui, la sonorité c'est lui, l'intransigeance c'est lui, le groove c'est lui. Les riffs me semblèrent simples au début, de fait ils le sont, puis j'ai appris à entendre toute la dynamique engendrée par chaque note. Malcolm Young sait comment attaquer une corde avec un maximum d'efficacité et d'agressivité. J'ai vite réalisé qu'il me fallait avoir l'album 33 tours pour apprécier pleinement le son d'AC/DC. Mes K7 devaient provenir d'un 33 tours, pas d'une copie de copie. Comme je n'avais pas (encore) l'argent pour acheter les 33 tours je faisais le tour des copains qui avaient un grand frère. Je me souviens de la première écoute de "Highway to Hell" sur la chaîne de mon père. Seul, car AC/DC n'avait pas bonne réputation en ce temps là. Le riff d'intro m'a scotché. Et le silence juste après encore plus. Et le riff reprenait. Puis le silence. Puis le riff. On retrouve un principe similaire sur d'autres riffs ("Whole Lotta Rosie" ou encore "Problem Child"). Ces silences créent une attente. L'oreille attend la suite. C'est magique. AC/DC est magie.
Le nombre de morceaux excellents est juste faramineux. Des années d'écoute et toujours le même émerveillement. Merci Malcolm pour le partage d'émotion. 


 

Un morceau ? Alors je choisis "Overdose" sur l'album Let There be Rock en 1977. Tout y est. La clarté des premières notes, la présence palpable de la vibration des cordes, la dureté du riff, son rythme fatidique. Bon Scott nous narre qu'il est en overdose d'une fille. Les paroles sont explicites. Il s'agit de la même fille au coeur d'acier qui ravage les rangs partout dans le monde. Le son de guitare est à la hauteur de l'enjeu : cruel, impitoyable, inapaisable.


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