René Goscinny - Au-delà du rire - Musée d’art et d’histoire du Judaïsme - Paris - du 27/09/2017 au 04/03/2018

CARACTERE D'IMPRIMERIE
Le mahJ présente la première rétrospective consacrée à René Goscinny.


L'exposition rassemble plus de deux cent oeuvres, dont des planches et scénarios originaux, et de nombreux documents inédits.


 
C'est en famille que je vais voir la rétrospective René Goscinny. ça fait plaisir de voir que son oeuvre intéresse une nouvelle génération. Lucky Luke, Astérix, Iznogoud, Le Petit Nicolas continuent à séduire. Il faut dire que le succès de René Goscinny fût immense. Quelques cinq cent millions de livres et d'albums vendus dans le monde, traduits en cent cinquante langues, une centaine d'adaptations cinématographiques. Une oeuvre qui dure. Je me rappelle surtout de lui comme scénariste de bande dessinée et rédacteur en chef (le mythique "Pilote"). La rétrospective me renseigne sur l'envergure réelle de l'auteur, également journaliste, écrivain, humoriste, dessinateur, publicitaire, réalisateur et scénariste de films. Et surtout, la rétrospective retrace le parcours de l'homme, né en 1926 à Paris, fils d’émigrés juifs originaires de Pologne et d’Ukraine. Une partie de sa famille est victime de la Shoah. Une histoire qui m'est méconnue tant Goscinny est resté discret. Et pourtant que de lieux parcourus par ce jeune homme à la créativité débordante. Argentine, Uruguay, New York, le service militaire en France.


L’exposition est riche en documents, photos de famille et carnets de croquis, qui permettent de suivre pas à pas René Goscinny dans l'évolution de son humour. Une culture héritière du judaïsme d’Europe orientale et du classicisme français, enrichie dans les grands espaces argentins et uruguayens, puis nourrie au carburant pétaradant des délirants auteurs new-yorkais (la bande du magazine "Mad"). Les débuts de Goscinny sont difficiles. Si le dessin n'égale pas celui de Jijé, de Morris ou de Franquin, l'art du bon mot est là, le sens du rythme d'un gag est là. René Goscinny rentre en Europe tenter sa chance. Il rencontre Albert Uderzo, Jean-Michel Charlier, Jean-Jacques Sempé. L'exposition est riche en planches de ces premières collaborations.

En 1956 René Goscinny entre au Journal de Tintin (les débuts de Lucky Luke).

Carnet de croquis - Sketchbook - 1944

Autoportrait à la table à dessin - 1948

Harvey Kurtzman, John Severin et René Goscinny - 1949



En 1959 ce sont les débuts du magazine Pilote. Goscinny y est très productif et lance Astérix avec Albert Uderzo. Cette exposition est l'occasion d'observer la perfection des cases des planches d'Astérix. Aucune retouche, le trait d'Albert Uderzo est d'une sûreté remarquable.


Sous l'influence de Goscinny, Pilote devient un journal pour adolescents et non plus pour seuls enfants. René Goscinny montre une largeur de vue peu commune en accueillant dans Pilote les dessinateurs d'Hara-Kiri après les interdictions à répétition de leur journal, d'abord Cabu en 1961 puis Reiser et Gébé en 1966. Goscinny et son complice Charlier ont ouvert Pilote à une nouvelle génération : Bilal, Gotlib, Brétécher, Christin, Fred, Giraud (futur Moebius), Greg, Mézières et Druillet, ce dernier ayant élargi le champ de la bande-dessinée en détruisant les marges et en explosant le format des bulles. En 1968 une grande partie de ces jeunes talents vont en faire voir de toutes les couleurs à René Goscinny, remettant en question l'autorité du patron. Plus tard c'est la ligne éditoriale qui est ébranlée. En 1972 Druillet, bousculant les codes, dessine à la dernière seconde la bite de son héros dans "Delirius", juste avant la mise à l'impression du journal. Toujours en 1972, Gotlib rejoint l'Echo des Savanes fondé par Mandryka. René Goscinny avait créé les Dingodossiers avec Gotlib de 1965 à 1967, les deux hommes partageant une même passion pour l'humour absurde du magazine "Mad". Les Dingodossiers sont curieusement absents de la présente rétrospective, pourtant riche en collaborations diverses. Qui plus est la majH avait fait une superbe rétrospective de l'oeuvre de Gotlib en 2014 (ici). Les héritiers de l'oeuvre de Goscinny se rappellent-ils de la brouille définitive entre les deux hommes lorsque Gotlib s'est mis à dessiner des bites et des nichons dans l'Echo des Savanes ? Las des affronts répétés, René Goscinny jette l'éponge en 1974. Il quitte la rédaction du journal Pilote et se lance dans la réalisation et le scénario de films. Cette aventure cinématographique est une autre histoire qui n'est pas le sujet de la présente rétrospective. Une aventure qui durera peu. En 1977 René Goscinny est victime d’une crise cardiaque. Il meurt à l'âge de 51 ans.


L'exposition bénéficie d'une belle scénographie. Un mur permet de placer des dialogues aimantées. Une table d'écolier nous plonge dans le quotidien scolaire du Petit Nicolas.



 
Le saviez-vous ? les noms d'Astérix et d'Obélix trouvent leur origine dans l'atelier typographique du grand-père maternel de Réné Goscinny : astérisque (le symbole en forme d'étoile) et obèle (le symbole en forme de dague). L'exposition se termine par la vision d'un atelier d'imprimerie.
Une très belle exposition.



Commentaires