Primordial - Moonsorrow - Der Weg Einer Freiheit - Le Trabendo - Paris - 14/04/2018 - Compte-rendu de concert - Concert review

CROISADE PAIENNE
Le « Heathen Crusade Tour » passe par Paris, avec trois groupes de qualité.

Garmonbozia a organisé le passage du « Heathen Crusade Tour », soit Moonsorrow et Primordial en co-tête d'affiche, épaulés par Der Weg Einer Freiheit. Au départ j'ai pris ma place pour Primordial, que je vais voir pour la huitième fois. Je suis cependant curieux de découvrir à quoi ressemble Moonsorrow, écouté sur disque d'une oreille lointaine sans que le groupe ne retienne mon attention. Der Weg Einer Freiheit étant précédé d'une bonne réputation, je me décide à être sur place dès l'ouverture.


Der Weg Einer Freiheit
A l'arrivée les portes du Trabendo ne sont pas encore ouvertes et la file d'attente est fort étendue, la salle affichant complet ce soir. Passant juste devant le Trabendo, une autre file d'attente mène au concert de Macklemore au Zenith. Quelques tee-shirts Bathory s'égarent alors quelques minutes au milieu des vêtements Kilo Shop, avant de se rendre compte de leur erreur et de rejoindre la file du Trabendo. Je salue les têtes amies. La nécessaire fouille à l'entrée du concert ralentit le flux. Der Weg Einer Freiheit a commencé à jouer depuis un quart d'heure lorsque nous rentrons. Je vais acheter le CD du dernier Primordial au stand de merchandising, achat volontairement tardif car j'ai décidé de découvrir cet album en concert ce soir avant d'écouter la version studio. Le CD en poche, je me concentre sur la prestation de Der Weg Einer Freihet. Chant hurlé, blast beats, riffs, la formation délivre un black metal de bonne facture, direct et parfaitement exécuté. Les mélodies de guitares viennent ajouter une touche de romantisme noir. La formule se révèle classique. Il manque à mes oreilles une touche d'originalité. L'éclairage épileptique m'invite à fermer les yeux. Ma foi, le final s'avère riche en émotions, avec un "Requiem" aux changements de rythmes parfaitement maîtrisés puis un "Aufbruch" aux envolées majestueuses. Il va falloir que je me penche sur la discographie du groupe.

Setlist :
  1. Einkehr
  2. Skepsis, Part I
  3. Zeichen
  4. Requiem
  5. Aufbruch


Moonsorrow
Pendant le changement de matériel, la sono diffuse la voix d'une personne se lamentant (en finnois il me semble). Un fond sonore bienvenu, original, déstabilisant et envoûtant. Je ne sais pas à quoi m'attendre avec la prestation de Moonsorrow. Je crains le groupe pseudo folk avec claviers énervants. Et bien non, mille fois non, Moonsorrow arrive sur scène couverts de sang et dissipent toutes mes craintes. Les quatre voix (les trois guitares et le batteur) sont parfaitement en place et se complètent à merveille. Les chants d'inspiration folklorique sont insérés avec justesse dans un ensemble d'essence black et de nature très progressive. Moi qui ne connaît rien aux morceaux de Moonsorrow, je rentre sans difficulté dans l'ambiance du concert, entre passages planants et rythmes soutenus. Les atmosphères se révèlent fort variées et le son nickel permet d'apprécier tous les instruments. Le choix des titres est judicieux car le concert est captivant de bout en bout. La froideur des maquillages n'est qu'apparente, Moonsorrow dégageant une chaleur humaine qui parvient à fédérer la fosse. Nous sommes à des années lumières du black-pagan-pouêt-pouêt-alcoolisé que je craignais de devoir subir. Ici tout est harmonie, exigence du propos et prise de risque (ces morceaux d'un quart d'heure !). Le guitariste chauve assure le lien visuel avec le public, soulignant ses soli et riffs de quelques gestes hypnotiques. L'enchaînement final des titres "Mimisbrunn" et "Kuolleiden maa" est un immense moment de plaisir. Un superbe concert. Et, pour votre serviteur, une découverte certes tardive mais précieuse.

Setlist :
  1. Pimeä
  2. Ruttolehto incluant Päivättömän päivän kansa
  3. Suden tunti
  4. Kivenkantaja
  5. Mimisbrunn
  6. Kuolleiden maa



Primordial
La tournée est nommée la croisade païenne. Entre Moonsorrow et Primordial, la sono diffuse en conséquence des chants de Templiers ("Da pacem domine / Psaume: Fiat pax in virtute tua"). Des sons de cloches retentissent alors que les membres de Primordial rentrent en scène et empoignent leurs guitares à grands coups de larsens. C'est la huitième fois que je vois le groupe et j'espère que la setlist, assez prévisible ces derniers temps, va être modifiée au profit du dernier album ou de morceaux plus anciens mais rarement joués, à piocher dans leur remarquable discographie. Primordial démarre pied au plancher avec "Nail Their Tongues", extrait de leur tout récent dixième album. Le jeu est sans retenue, tous les membres du groupe se jettent d'emblée dans la bagarre. Ce soir ça va être violent. Le chanteur Alan est en voix, atteignant de superbes aigus. L'homme se montre toujours aussi charismatique. "Gods to the Godless" suit, classique de dix huit ans d'âge, dans une version d'une force imposante. En deux titres Primordial a d'emblée retourné la salle. Le son est d'une clarté limpide, nous distinguons tous les instruments et toutes les nuances de jeu. Primordial déploie ses hymnes épiques et son sens du tragique, entre mélancolie et colère. Nouvel extrait du dernier album, le titre éponyme "Exile Amongst the Ruins" voit Primordial évoquer la guerre civile déclenchée il y a prêt d'un siècle et ses impacts sur la société irlandaise actuelle. Un slammeur passe sur la foule lors du passage calme, en décalage avec le propos émouvant du morceau. Le (déjà) classique "No Grave Deep Enough" est dédié ce soir à Moonsorrow et est d'une puissance écrasante. Jolie surprise issue du nouvel album, "To Hell or the Hangman'' modifie le son habituel du groupe, avec une touche de Fields of the Nephilim, tout en maintenant un impressionnant mur sonore. Une belle réussite en concert. La fosse explose. Alan se prête à quelques ébauches de contorsions sur ce morceau quasi dansant. Bravo pour la prise de risque, pari réussi. Le titre "As Rome Burns" accentue encore la pression et nous en profitons pour chanter et participer. Participation est le mot clef tant Alan s'assure tout au long du concert que chaque personne dans la salle soit intégrée au spectacle. Autre extrait de "Exile Amongst the Ruins", "Stolen Years" est également une surprise sonore. L'introduction est lente, toute en émotion et mélancolie. Un slammer (le même ?), tout en délicatesse, atterrit sur la scène. Alan lui fait une accolade avant que le gars ne plonge dans le public. Ambiance sonore surprenante sur ce titre, façon Thin Lizzy 78. Nous avons même droit à l'apparition de jets de fumée verticaux au moment de la montée en tension. Il ne manque plus que les briquets allumés. J'apprécie ce mélange des genres, ça diversifie le concert. Alan nous dit, à la fin du morceau, "si ce titre doit avoir un sens, c'est la plongée depuis la scène". Cette étonnante accalmie dans la setlist passe très bien et est enchaînée illico sur la tuerie totale qu'est "Traitors Gate". Alan vient désormais au contact physique avec le public. "Upon Our Spiritual Deathbed", cinquième et dernier extrait du nouvel album, est une occasion pour faire taper le public dans ses mains pendant qu'Alan finit de descendre sa bouteille de rouge (du Merlot). Primordial a bien fait de mettre son dernier opus en avant, il est de fort belle facture. Le morceau "The Coffin Ships", émouvante évocation de la Grande Famine en Irlande au XIXe siècle, emblématique de Primordial, est ce soir interprété dans une version étonnamment agressive, avec les guitares mixées très en avant et un chant presque criard qui rend le morceau étonnamment moins poignant qu'à l'accoutumée. Ce concert intense se conclut par "Empire Falls", ultime occasion de chanter et communier. Primordial est venu et a convaincu, tout en se permettant d'extraire rien moins que cinq extraits convaincants de son dernier album. Une preuve du niveau de qualité toujours très élevé des compositions du groupe. Une fois de plus pour Primordial, une prestation impeccable, intense, passionnée et passionnante.

Setlist :
  1. Nail Their Tongues
  2. Gods to the Godless
  3. Exile Amongst the Ruins
  4. No Grave Deep Eough
  5. To Hell or the Hangman
  6. As Rome Burns
  7. Stolen Years
  8. Traitors Gate
  9. Upon Our Spiritual Deathbed
  10. The Coffin Ships
  11. Empire Falls




Une excellente soirée. Merci à Garmonbozia pour cette superbe affiche.

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